Textes

Retrouvez quelques-uns de mes textes ci-dessous :

Immobile, comme à son habitude. Son bras soutenant sa lourde tête, pleine de fatigue et d’inconnu. Il regarde inlassablement ce que je ne peux qu’imaginer. Soudain, le voilà prit de soubresauts. Rit-il, pleure-t-il ? Il allonge son bras vers sa tasse de café et avale tout le liquide froid qu’elle contient. Il ne prend même plus la peine de grimacer, il connaît bien le goût amer des nuits blanches en solitaire.

Je le connais aussi. Tapie dans l’ombre, au creux d’une chambre trop bien meublée, je me laisse envahir par la nuit.

Pourquoi la peur n’a pas d’odeur?

Je sens mon cœur battre plus fort. Cent-cinquante-quatre. Je sens la vie. Cent-soixante-sept. La chaleur, la souffrance. Cent-quatre-vingt-deux. Je suis heureuse. Deux-cent.

Allongée sur le sol glacé, les bras en croix, les yeux fermés, je me dis que j’aime la vie.

Il enlève ses lunettes, les lave, les remet.

Quatre heure dix-huit. J’ouvre la fenêtre sans un bruit. Un mètre au-dessous de celle-ci se trouve un petit rebord qui fait le tour de l’immeuble. Je me suis souvent demandé dans quel but on avait fait un petit rebord sous mes fenêtres. Est-ce un tremplin pour suicidaires ?

Ses doigts martèlent le clavier. J’entends d’ici la plainte des grains de poussières écrasés par ses touches fatiguées.

La fraîcheur de la nuit entoure mon pied nu. Debout face au monde, je contemple la vie.

Il s’arrête, pensif. Puis, avec la force du désespoir, il presse longuement la touche « effacer ».

Avec une agilité que je ne me connaissais pas, j’avance aisément, le dos au mur. Je lève le bras au plus haut. La fenêtre d’au-dessus est bien trop loin. Peu importe. Je n’ai rien a perdre. Je plie doucement les genoux pour ne pas tomber et je m’élance.

La lune est triste aujourd’hui. Si seulement elle pouvait voir à quel point la vie est belle…

Les tuiles sont glacées et glissantes.

Immobile, comme à son habitude, il poursuit son chemin dans la vie.

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La contemplation. Tout passe par la contemplation. Le beau est un obstacle à la souffrance. La beauté me nourri.

J’observe. Chaque courbe, chaque ombre, chaque détail, appartient à un tout : le beau. Les choses sont belles. Toutes les choses sont belles. Mais elles n’offrent pas leur beauté à n’importe qui. Non. Seul celui qui peut voir au-delà du visible, celui qui regarde bien plus qu’avec les yeux, celui qui ressent la beauté de chaque chose, celui-là seulement pourra se nourrir du beau.

J’admire les choses et leur beauté m’emplit de joie.

La beauté est subjective. Qu’est-ce que le beau ? Les choses en soi ne sont pas belles. Ni moches non plus. Elles sont. C’est notre capacité à s’extasier devant la chose, qui fait de la chose un membre du beau.

Envahie par la perfection esthétique du monde, je me nourri du magnifique. C’est peut être égoïste mais je prend pour moi toute la beauté des choses laissant aux autres la vision moche, celle des gens qui ne savent pas regarder. Tant pis pour eux. Si tout le monde pouvait voir ce que je vois, beaucoup seraient éblouis, peu le supporteraient. Tant pis pour eux.

Qu’est ce que le moche ? Le moche est une ensemble de choses belles mal assemblées. Le moche est donc d’une infinie beauté sans le paraître. C’est la beauté dissimulée. Le moche est ainsi très futé, il n’accorde sa beauté qu’à ceux qui savent la voire. Les autres le voient moche et c’est tant pis pour eux.

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Du bout des doigts, je caresse le papier. Le frottement de ma peau, glissant tout doucement contre la feuille jaunie, agite un instant mes rêves exquis. Et alors retentit le bruissement délicieux du papier qui se plie.

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Aujourd’hui est un grand jour.

Car je n’ai rien fait.

Et en ne faisant rien, j’ai compris beaucoup de choses.

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Douces et piquantes. Chaudes et glacées. Eau et feu. Larmes.

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La bougie brûle. La flamme est étonnamment stable. Je souffle dessus. La flamme s’agite alors frénétiquement, comme réveillée en sursaut. Elle semble vouloir s’enfuir, loin de moi, alors même que je lui ai donné la vie. Elle voudrait, je pense, s’arracher à cette mèche qui la retient prisonnière. Pourtant, seule, elle ne peut vivre. Elle n’est rien sans cette mèche, cette cire, et malgré tout elle les détruit, causant bientôt sa propre perte. Son triste destin est de tuer ce qui la tient en vie, de détruire son existence. En la voyant trembloter après sa tentative d’évasion ratée, je comprends sa déception. C’est bien normal, après tout, de vouloir en finir dans une situation si tragique. Réduite à l’immobilité, elle attend la mort, le prix à payer pour son crime destructeur. Juste triste et magnifique. Elle sanglote de temps à autre en voyant l’air passer, elle est sûrement jalouse car l’air, lui, est libre… Pourtant, elle pourrait s’épanouir, avaler ma maison, toute la ville même, le monde… Elle connaît sa puissance mais voit défiler sa courte vie immobile, impuissante. Je la tiens prisonnière. Alors j’ai un regret.

« Petit chose tellement fragile et forte à la fois. » lettre à Mylène, Stupeflip

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J’entre dans le froid, l’obscurité m’envahit. Le silence est imparfait, perturbé par des anges, il m’assomme de splendeur. L’air glacé glisse dans mon corps, il paralyse mon être. Le fin brouillard inonde mes yeux, et, doucement, la rosée du matin fait ployer sous son poids tout un monde endormi, comme tant d’étoiles en suspension un lendemain d’apocalypse. Alors, à cet instant, le monde est mien.

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